Agriculture et Agroalimentaire Canada ferme son centre de recherche et de développement de Québec, après 58 ans d'activités. La décision découle des récentes compressions budgétaires annoncées dans le budget du gouvernement de Mark Carney.
Les employés du centre de recherche, situé sur le boulevard Hochelaga, dans Sainte-Foy, ont appris la mauvaise nouvelle jeudi matin.
Selon une lettre obtenue par Radio-Canada, ils étaient conviés à une réunion obligatoire de tout le personnel concernant une annonce importante à propos du site de Québec
. Il était question de discuter de la manière dont les réductions découlant de l’examen exhaustif des dépenses affecteront votre lieu de travail
.
Les représentants d'Agriculture et Agroalimentaire Canada ont essentiellement confirmé la fermeture du centre au cours des prochains mois. La date exacte de la fin des activités n'est pas encore connue.
Les recherches menées au centre de recherche de Québec visaient notamment à améliorer la productivité et la durabilité agricole en climat froid et humide et la performance environnementale
.
dévastés
La nouvelle a eu l'effet d'une bombe au sein de l'équipe du centre de recherche spécialisé de Québec. Nous sommes dévastés
, a confié un membre du personnel.
Selon des témoignages obtenus au cours des dernières heures, les responsables du ministère ont simplement lu une lettre aux employés avant de mettre un terme à la rencontre au bout d'une dizaine de minutes, sans plus de cérémonie. La nouvelle nous a été annoncée brutalement
, a dit un employé.
Le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire du Canada, Heath MacDonald, n'a pas fourni d'explications vendredi.
Le centre de recherche et de développement de Québec se trouve dans la circonscription de Louis-Hébert, représentée par le ministre Joël Lightbound. Je sais que cette annonce suscite des inquiétudes à Québec, et je pense d’abord aux employés touchés
, a-t-il dit vendredi dans une déclaration écrite à Radio-Canada.
Il a cependant défendu les coupes annoncées par les libéraux en tant que ministre de la Transformation du gouvernement.
Le nouveau gouvernement a été élu avec un mandat clair : dépenser moins pour investir davantage. On examine rigoureusement toutes les dépenses publiques et faisons des choix responsables afin d’être plus efficaces pour tous les Québécois et les Canadiens
, a-t-il plaidé.
Toujours selon le lieutenant du Québec pour le gouvernement Carney, le fédéral demeure pleinement engagé envers la recherche scientifique en agriculture
malgré cette décision. Chaque province, dit-il, continuera d’avoir un centre de recherche, et plusieurs employés pourraient être maintenus, réaffectés ou relocalisés
.
Les expertises clés seront préservées afin d’assurer la continuité des travaux et un appui durable au secteur agricole.
Outre Québec, Agriculture et Agroalimentaire Canada possède des installations à Saint-Jean-sur-Richelieu, Sherbrooke et Saint-Hyacinthe. Des programmes de compensation et de réorientation seraient aussi à la portée du personnel.
Journée terrible
À l'échelle canadienne, 665 postes seront supprimés au ministère, a confirmé le ministère fédéral. Le Syndicat de l'Agriculture, représentant une partie des travailleuses et des travailleurs au sein d'Agriculture Canada, a dénoncé les compressions annoncées.
Hier a été une journée terrible pour nos membres chez Agriculture et Agroalimentaire Canada. Beaucoup ont appris qu'ils pourraient perdre leur emploi dans les mois à venir
, peut-on lire dans une déclaration écrite du syndicat.
Agriculture et Agroalimentaire Canada comptait jusqu'ici sur un réseau d'une vingtaine de centres de recherche au pays. Le réseau passera à 17 au terme des compressions. En plus de Québec, sites de Guelph (Ontario) et de Lacombe (Alberta) seront aussi supprimés. Quatre fermes satellites seront également fermées en Nouvelle-Écosse, en Saskatchewan et au Manitoba.
L’Alliance de la Fonction publique du Canada, région du Québec (AFPC-Québec) représente pour sa part une trentaine d'employés touchés au centre de recherche de Québec.
C'est désolant. [...] Dans un contexte tarifaire sans précédent, et alors qu’on tente d’assurer notre indépendance et notre sécurité alimentaire, le gouvernement fermera le centre de recherche qui permettrait d’améliorer notamment la production laitière tout en limitant les impacts environnementaux
, a réagi Sébastien Paquette, vice-président exécutif de l'AFPC-Québec.
C’est une décision qui inquiète profondément les travailleuses et travailleurs touchés et qui affaiblit une expertise publique construite ici, au Québec.
Ce manque de vision à long terme entraînera des répercussions sur la pérennité des cultures et privera les Canadiennes et les Canadiens de recherches probantes qui, à terme, éclairent les décisions politiques en agriculture
, estime-t-il.
L'annonce a aussi suscité une vive émotion
à l’Université Laval, qui entretenait une étroite collaboration de longue date avec les chercheurs fédéraux pour l'avancement de la recherche agroalimentaire.
On peine encore à mesurer les conséquences possibles de cette annonce sur la grande force en recherche et en innovation de la région de Québec dans le secteur agroalimentaire
, souligne la direction de l'Université.
Plusieurs de nos étudiantes et étudiants ont bénéficié d’un encadrement de qualité grâce à des projets menés en co-direction avec des chercheuses et chercheurs d'Agriculture Canada, dont certains sont également professeurs associés à l’Université Laval. Le Centre est une partie intégrante de notre écosystème scientifique
Le gouvernement fédéral avait déjà annoncé son intention de réviser ses programmes de recherche en agriculture. Le dernier budget prévoyait des compressions de 507 millions $ sur 3 ans au sein d'Agriculture et Agroalimentaire Canada.
Ce ministère fermera certains programmes, notamment les Laboratoires vivants de solutions climatiques agricoles. Il réduira également certaines activités scientifiques afin d'améliorer la rentabilité à long terme
, pouvait-on lire dans le budget déposé en novembre.
Pour réaliser les économies visées pouvant atteindre 15 % sur trois ans, Agriculture et Agroalimentaire Canada réorientera ses programmes, ses recherches scientifiques et ses dépenses opérationnelles afin de mieux axer ses activités sur les priorités du gouvernement
, ajoutait le document.
Déçevant, dit l'UPA
L'Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec s'est dite déçue de la décision du gouvernement fédéral de sabrer en agriculture.
On nous demande de la productivité et de la durabilité face aux changements climatiques. La recherche et l'innovation, c'est la base pour aller plus loin. Ça va avoir des impacts directs sur notre secteur
, a réagi le président-directeur général de l'UPA, Martin Caron. Le centre de Québec contribuait notamment à la recherche sur ces enjeux, dit-il.
Ce dernier rappelle que les laboratoires vivants pourtant récemment développés par Ottawa, également dans la mire des compressions budgétaires, étaient bienvenus dans le milieu. Chercheurs et producteurs étaient enthousiastes de travailler de cette façon-là pour développer des projets concrets sur le terrain.
Pour lire la suite: Radio-Canada
Chargement en cours...